mercredi 7 octobre 2015

J'écris pas



Je regarde la nuit. Les néons bleus de la station-service. Par ma fenêtre. Je fais pas rien. Je remue le silence. A la station. Y a un mec qui traîne. Sans véhicule. De dos. On dirait qu’il pisse. Là. En pleine rue. Je me fie aux apparences. Peut-être qu’il est bourré. Peut-être que c’est politique. On peut pas savoir avec les apparences. C’est peut-être juste une manière de délester les fardeaux. Quelque part ailleurs. Hors murs. La pisse coule sous les néons bleutés. Elle fait son voyage. Le type regarde ses chaussures. Peut-être qu’il est pas bien. Qu’il est seul. Mais que sa solitude est un blindage.  Peut-être qu’il angoisse. Peut-être qu’il pense à sa femme. Celle qui regarde d’autres hommes. Mais c’est pas sûr. Peut-être qu’il comprend rien. A lui. Aux autres. Qu’il  rentrera jamais. Que sa tête est encombrée. Que ses placards éclatent. Que sa vaisselle explose. Que ses poubelles sont trop remplies. Et que c’est l’ écho exact du vide. Du grand gouffre humain. Dedans et puis dehors . Comme une déflagration silencieuse. Ou alors peut-être que c’est moi. Dedans et puis dehors. Et qu’y a pas de mec du tout. Mais juste moi. Pour pisser debout en pleine rue. Seule. Dedans et puis dehors. Sous les néons bleus. Avec la station. Les fardeaux. Les poubelles. En regardant la nuit. Par ma fenêtre. Peut-être.

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