vendredi 6 novembre 2015

Si Dieu était un clochard





Le truc a commencé comme ça
Dans le hall d’un aérogare
Grands espaces et foule de taré
Je venais pas pour prendre l’avion
Je venais pas pour les vacances
Je savais pourquoi je venais
Mon voyage à moi c’était la cafet’.
Celui du borgne au comptoir  je sais pas
Il proférait des trucs dans sa barbe le vieux
Avec son œil crevé
Des trucs de prophète ravagé
Pauvres pauvres connards qu’il disait
On finira tous en poudre
En poudre
Il neigeait dans sa bouche d’ivrogne
Comme un oracle à la Œdipe
Comme un clodo tombé du ciel
Comme un chien hollywoodien
Qui lâche pas le morceau
Et qui te plante ses crocs dans la tête
Pour t’entraîner lentement
Quelque part
Où il faut bien que tu ailles
Tu choisis pas la destination
Juste quelques escales au mieux
T’as vu petite…C’était pas long hein ?
Il a fait

La nuit est tombée dans le hall de l’aérogare
Espaces vides absence de la foule
Alors je me suis dit comme ça
Que si j’avais plus de thunes je partirais faire  un trekking au Népal
Que si j’avais plus de courage je démissionnerais définitivement
Et que si Dieu était un clochard
Il puerait peut-être un peu moins de la gueule



mercredi 7 octobre 2015

J'écris pas



Je regarde la nuit. Les néons bleus de la station-service. Par ma fenêtre. Je fais pas rien. Je remue le silence. A la station. Y a un mec qui traîne. Sans véhicule. De dos. On dirait qu’il pisse. Là. En pleine rue. Je me fie aux apparences. Peut-être qu’il est bourré. Peut-être que c’est politique. On peut pas savoir avec les apparences. C’est peut-être juste une manière de délester les fardeaux. Quelque part ailleurs. Hors murs. La pisse coule sous les néons bleutés. Elle fait son voyage. Le type regarde ses chaussures. Peut-être qu’il est pas bien. Qu’il est seul. Mais que sa solitude est un blindage.  Peut-être qu’il angoisse. Peut-être qu’il pense à sa femme. Celle qui regarde d’autres hommes. Mais c’est pas sûr. Peut-être qu’il comprend rien. A lui. Aux autres. Qu’il  rentrera jamais. Que sa tête est encombrée. Que ses placards éclatent. Que sa vaisselle explose. Que ses poubelles sont trop remplies. Et que c’est l’ écho exact du vide. Du grand gouffre humain. Dedans et puis dehors . Comme une déflagration silencieuse. Ou alors peut-être que c’est moi. Dedans et puis dehors. Et qu’y a pas de mec du tout. Mais juste moi. Pour pisser debout en pleine rue. Seule. Dedans et puis dehors. Sous les néons bleus. Avec la station. Les fardeaux. Les poubelles. En regardant la nuit. Par ma fenêtre. Peut-être.

vendredi 18 septembre 2015

Essuie tes larmes Jean





je sais c’est la merde
à ton âge
d’avoir peur de pas se réveiller le matin
à cause d’ une collision entre la terre et un astéroïde géant
et de finir carbonisé
comme un insecte  inutile
je sais
les autres ont pas pigé ce matin
quand tu t’es mis à chialer sans raison
et que tes yeux turquoise se sont répandus sur le carrelage
je sais c’est la merde
de plus dormir comme avant
parce que l’idée de l’existence c’est pas la joie
et ça fracasse un peu le crâne
quand ça débarque
je sais tu l’aimes pas ta gueule d’ange
et ta bouche super bien dessinée
et ce poids que tu peux déjà plus porter
c’est pas toi ptit gars c'est pas ta faute 
c’est la société
je te jure que t’y peux rien
mais tu te sens déjà en taule
je sais c’est la merde
à ton âge
d’avoir une boîte d’atarax dans la poche de survêtement
en cas de crise violente
je sais c’est la merde
tu veux pas être pédé Jean
t’as peur
parce que la honte te ravage
parce que papa maman vont avoir mal
parce que c’est pas c’ qu’était prévu
et aussi
parce que t’auras treize ans
et demi dans trois jours

essuie tes larmes
je sais c’est la merde
mais on se fait à tout dans la vie
à tout






Des fois la nuit est vachement noire



je sais pas si c’est le silence ou un truc archaïque du genre angoisse vespérale auquel je peux pas grand-chose je sais pas si c’est le râle bizarre des chats  dehors ou ce viol de ma bouche qui me remonte à la gorge je sais pas si c’est cette pute de gardeuse d’enfants que l’humiliation faisait jouir ou si c’est à cause de toi maman mais parfois au milieu de la nuit y a un truc qui m’assassine un truc qui dégage une odeur un peu infecte d’abandon