jeudi 27 août 2015

J'écris pas



 On n’écrit pas quand on est une petite charogne. On se planque. On se vautre . Mais on n’écrit pas. Inutile. Stupide. Couchée la charogne ! Couchée ! Tout la heurte. Tout la heurte. La petite charogne. Les horizons d’attente. Le système. Le silence. Pas bouger ! Pas parler ! Mère indigne. Et fille indigne. La petite charogne cadastre sa douleur. Cadavre la bouteille. Cherche le bon côté. De la laisse. Tout la pénètre. Par le ventre. Par le dessous. Par derrière. Jamais par la tête. C’est mal foutu quand même. Pas lubrique la petite charogne. Juste un gouffre. Avec un enfant  qui hurle dedans. Elle attend l’aurore. Comme un chien malade. Elle est où la beauté hein ? Elle est où la musique ? Il est où le vent ?  Au matin. Elle secoue sa peau. La petite charogne. De tous ses petits insectes cannibales.  Dans le miroir pas trop magique. Elle se fait belle. Une jolie petite charogne. Elle finit viteuf le poème. Et range tout comme il faut. Dans les placards. Un peu de dignité. Merde. Au moins jusqu’à demain.





                                                                       Black Hole

dimanche 16 août 2015

Rose-Marie



 Dédicace à Monsieur Heptanes Fraxion ...



Marie-Rose elle a les cheveux blancs
Et les canapés à fleurs
Quand je viens chez elle
Y a ce truc qui me fait
Soit chialer
Soit respirer
Elle sait ça Marie-Rose
Elle tend des mouchoirs
En cas de nécessité
Marie-Rose elle a la voix maternante
Mais c’est carrément pas ma mère
Parce qu’elle me regarde bien en face
Quand je lui dis des choses importantes
Marie-Rose avec ses 70 ans
elle dit qu’y a pas d’idéal
Et que le couple est un putain de piège
                   -Elle dit pas putain ça c’est moi-
Marie-Rose elle tricote en lisant Kierkegaard
Et elle voudrait bien voir mes textes
Elle dit que la poésie c’est un sacré chemin
Et du carburant
Pour quand je serai toute seule
En hiver
Parce qu’on est toujours fondamentalement seul
Finalement

Marie-Rose elle a les canapés blancs
Des fleurs dans les cheveux
Et c’est ma psy

mercredi 12 août 2015

Les poèmes d'amour c'est pas forcément ce qu'on croit



Hier soir
Ma mère m’a demandé pourquoi
Je n’écrivais pas plutôt
des poèmes d’amour
J’ai dit que je savais pas faire
Et que les humains me désolaient un peu
(Pour clore la conversation)
J’ai dit aussi que j’avais pas le temps
Qu’en ce moment j’avais des rendez-vous
Sur des terrains vagues
Dans des zones hydro- industrielles
Au milieu des graviers et des machines à laver de plein air
Les pieds nus
Pour danser- un peu
Avec Carine et Johnny de la Caravane
Stanley-les-yeux-verts  «  9 ans 9 cicatrices »
Les deux petites blondes et leur linge à étendre en mini-jupe
Le ciel métallique
Et François qui trouve que la tête sert qu’à dire des conneries
François qui prévient que ses os sont pénétrants
François qui n’a qu’un œil et
plus tellement de dents
François qui offre à boire
Et qui danse comme un chat qui n’aurait
Que trois vertèbres  (sacrées)
Au centre
De tout ou de rien
On s’en fout finalement
Du moment que tout ça rayonne
Et qu’on s’écorche un peu
Et qu’on va voir ailleurs si on y est
Du moment que quelque chose tient
Comme suspendu
Là...

En fait les humains me désolent  pas toujours
Et les poèmes d’amour c’est pas forcément ce qu’on croit

samedi 18 juillet 2015

J’écris pas



Pas les soirs de fête. Et là c’est fête. Nationale. Une fierté dans l’air. Rassemblement intergénérationnel. Ca grouille. La harde. C’est pas du mépris de ma part. Juste un malaise. Les garçons ont prévu les pulls pastels. Et ça fourmille sévère sous les robes. Ca sort des pas de danse. Et de la joie un peu agressive. Une mère cherche sa gosse. On l’appelle à la sono. Rose. Des fois que. Mais ça envoie au bar. L’allégresse qui fleure la pisse. C’est pas du mépris de ma part. Juste de l’inadéquation. Bientôt ce sera 3000 tronches levées vers le ciel. De l’artifice. De la lumière mais factice. La mère cherche toujours. Rose. Deux sexagénaires se roulent une pelle au bal. Un vieux vérolé me mate un peu. J’ai pas la tronche qu’il faut. Ni le style qui va. Ben alors tu danses pas ? Ben non je danse pas. J’angoisse. Moi ce que je voudrais maintenant. C’est qu’une pluie un peu violente s’abatte là-dessus . D’un coup. Fatal. Que l’absurde retrouve la couleur de l’absurde. Et nos gueules aussi. Dans les cendres. C’est pas du mépris de ma part. Juste de l’incompréhension. A minuit. Tout le monde se tire. La mère cherche encore. Dans la cohue. Rose. Sauf que maintenant. Elle pleure.
J'aime pas le 14 juillet.