La nuit dernière, j’ai fait un rêve. Il y avait ce type,
avec une drôle de gueule, ça a attiré mon regard, le visage déchiré par un
trottoir, pour le cul d’une jolie fille. Depuis, il avait abandonné la
symétrie. M’en foutais, je n’ai jamais aimé la géométrie. Des plaies profondes
aussi, mal recousues . Et les stigmates des nuits d’ivresse.
Le type écrivait des poèmes, il était entouré d’une
multitude de papiers noircis, des centaines, des milliers peut-être, entassés
autour de lui. Il m’a dit que c’était du vent, un truc pour briser la solitude,
pour séduire -il avait réussi à baiser quelques filles grâce à ça- pour exister
peut-être, qu’on pouvait mentir avec les mots. Moi j’ai dit qu’on ne pouvait
pas passer une existence à écrire des mensonges et il a ri.
« La vie est une chienne, alors je la prends par
derrière. Tu sais, je suis sec à l’intérieur, depuis un bail, je suis une tombe,
m’a encore dit le type.
-
C’est ce que tu dis.
-
C’est ce que je suis.
-
C’est ce que tu dis. On ne s’improvise pas
boxeur. »
Il n’a rien répondu et m’a tendu un papier, noirci comme les
autres.
J’ai gueulé que j’en avais rien à foutre de ses poèmes,
qu’il y avait autant de poèmes que de femmes au fond de son verre, autant
d’érections que de femmes dans son caleçon. J’avais envie de lui faire la
morale, comme une lionne fière, lui expliquer
que les femmes, ça ne marchait pas comme ça, qu’il leur fallait se
sentir exclusives dans les yeux d’un homme, que lui, il allait de travers , comme
sa gueule et que des parties de baise ne
restaient toujours que les cendres froides.
Le type a souri avec arrogance.
Les rêves ont l’air si réels parfois.
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