mercredi 27 mai 2015

Une lutte



Je ne dormais pas.  Une lutte. Prostrée au fond du lit. Une solitude bien laide. Mon insomnie crucifiait le temps. Le ressac d’un estomac  vidé. Et puis je t’ai vu, au loin sur des rochers. La pupille contre l’eau. Un point sublime au bout de la nuit. Sur toi  la grâce du pêcheur. Son exil. Son libre-arbitre. La lucidité de l’instant. L’immobilité de la contemplation. Très loin et très près de l’humanité. Je me serais bien damnée pour la beauté inhumaine du moment. Et puis je me suis vue, moi, la langue coupée, à moitié nue, les genoux écorchés au sang, précipitée par la marée, écrasant au passage quelques carcasses de crabes vides, glissant sur quelques mollusques. Une course de travers. Une Fuite en diagonale. La nuit touchait à sa fin. Une lutte. Prostrée au fond du lit. Au matin, tu n’avais pas bougé. Et moi j’ai chialé.

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