Je ne dormais pas. Une lutte. Prostrée au fond du lit. Une
solitude bien laide. Mon insomnie crucifiait le temps. Le ressac d’un estomac vidé. Et puis je t’ai vu, au loin sur des
rochers. La pupille contre l’eau. Un point sublime au bout de la nuit. Sur toi la grâce du pêcheur. Son exil. Son
libre-arbitre. La lucidité de l’instant. L’immobilité de la contemplation. Très
loin et très près de l’humanité. Je me serais bien damnée pour la beauté
inhumaine du moment. Et puis je me suis vue, moi, la langue coupée, à moitié
nue, les genoux écorchés au sang, précipitée par la marée, écrasant au passage
quelques carcasses de crabes vides, glissant sur quelques mollusques. Une
course de travers. Une Fuite en diagonale. La nuit touchait à sa fin. Une
lutte. Prostrée au fond du lit. Au matin, tu n’avais pas bougé. Et moi j’ai chialé.
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